La spondylarthrite ankylosante est une maladie inflammatoire chronique qui touche principalement les articulations du bassin et de la colonne vertébrale. Elle peut provoquer des douleurs, une raideur et une limitation des mouvements.
Comprendre la maladie, connaître les traitements disponibles et pratiquer une activité physique adaptée peuvent aider à mieux vivre au quotidien.
Dans cet article, nous vous expliquons les principaux symptômes de la spondylarthrite ankylosante, les étapes du diagnostic, les traitements et la place de la kinésithérapie dans la prise en charge.
1. Qu’est-ce que la spondylarthrite ankylosante ?
La spondylarthrite est une maladie inflammatoire chronique qui touche principalement les articulations sacro-iliaques, situées entre le sacrum et les os du bassin, ainsi que la colonne vertébrale.
Elle appartient à la famille des spondylarthrites. On distingue notamment deux formes :
- La spondylarthrite radiographique, également appelée spondylarthrite ankylosante, dans laquelle certaines lésions sont visibles sur les radiographies.
- La spondylarthrite non radiographique, dans laquelle les signes caractéristiques ne sont pas visibles sur les radiographies, même si une inflammation peut être présente et détectée par d’autres examens.
La maladie évolue différemment selon les personnes. Elle peut entraîner des douleurs et une raideur, mais son évolution et son retentissement ne sont pas identiques chez tous les patients.
Le facteur génétique HLA-B27 est associé à la maladie, mais sa présence ne suffit pas à poser un diagnostic. Certaines personnes porteuses de ce facteur ne développeront jamais de spondylarthrite, et des patients atteints peuvent être HLA-B27 négatifs.
2. Qui est concerné ?
La spondylarthrite peut débuter chez l’adulte jeune, souvent avant l’âge de 45 ans. Elle peut toucher les femmes comme les hommes.
Les symptômes et leur intensité varient d’une personne à l’autre. Certaines personnes présentent des douleurs et une raideur importante, tandis que d’autres ont des manifestations plus discrètes ou des périodes où les symptômes diminuent.
La maladie peut également être associée à d’autres manifestations inflammatoires, notamment au niveau des yeux, de la peau ou de l’intestin. Leur présence n’est pas systématique.
3. Comment reconnaître les signes ?
Le symptôme le plus fréquent est une douleur dans le bas du dos ou les fesses, qui apparaît souvent progressivement. Elle peut être ressentie des deux côtés ou alterner d’un côté à l’autre.
Certains signes peuvent orienter vers une spondylarthrite axiale :
- Une douleur qui dure depuis plusieurs mois et débute généralement avant 45 ans.
- Une raideur au réveil, souvent prolongée.
- Des douleurs qui réveillent pendant la seconde moitié de la nuit.
- Une amélioration avec le mouvement et une diminution des douleurs au repos.
La maladie peut aussi provoquer des douleurs au niveau des insertions des tendons ou des ligaments, par exemple au talon. Ces manifestations sont appelées enthésites.
D’autres symptômes peuvent être associés : inflammation de l’œil (uvéite), psoriasis ou maladie inflammatoire chronique de l’intestin.
Attention : un œil rouge et douloureux, accompagné d’une gêne à la lumière ou d’une vision floue, nécessite un avis ophtalmologique urgent, le jour même.
4. Comment le diagnostic est-il posé ?
Le diagnostic de spondylarthrite ankylosante repose sur un ensemble d’éléments. Le médecin prend en compte les symptômes, leur évolution, l’examen clinique et les éventuels antécédents familiaux.
Des examens peuvent être prescrits pour compléter cette évaluation :
- Les radiographies du bassin peuvent montrer certaines modifications des articulations sacro-iliaques.
- L’IRM peut mettre en évidence des signes d’inflammation qui ne sont pas visibles sur les radiographies.
- Les analyses de sang peuvent rechercher une inflammation, notamment grâce à la CRP, et le facteur génétique HLA-B27 peut être étudié selon la situation.
Aucun de ces examens ne suffit à lui seul à confirmer ou à exclure la maladie. Par exemple, une CRP normale ou un HLA-B27 négatif n’éliminent pas nécessairement le diagnostic.
Le médecin interprète les résultats en fonction des symptômes et de l’examen clinique. En cas de suspicion, un avis spécialisé en rhumatologie peut être nécessaire.
5. Quels traitements existent ?
La prise en charge de la spondylarthrite ankylosante vise à réduire les douleurs et l’inflammation, préserver la mobilité et améliorer la qualité de vie. Elle est adaptée à chaque personne selon ses symptômes, son activité de la maladie et ses éventuelles autres manifestations.
Les médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent être proposés pour soulager les douleurs et la raideur. Ils ne conviennent pas à tout le monde et peuvent présenter des risques, notamment pour l’estomac, les reins ou le système cardiovasculaire. Leur utilisation doit être discutée avec le médecin, à la dose efficace la plus faible et pendant la durée nécessaire.
Lorsque la maladie reste active malgré les traitements habituels, le rhumatologue peut envisager un traitement ciblé, comme certaines biothérapies ou thérapies ciblées. Le choix dépend de la situation médicale et nécessite un suivi spécialisé.
Les traitements médicamenteux s’intègrent généralement à une prise en charge globale comprenant l’information du patient, l’activité physique adaptée et, lorsque nécessaire, la kinésithérapie.
6. Quelle est la place de la kinésithérapie dans la spondylarthrite ankylosante ?
La kinésithérapie fait partie de la prise en charge globale de la spondylarthrite . Elle vise à préserver la mobilité, entretenir les capacités physiques et aider à gérer les conséquences de la maladie au quotidien.
Le programme est adapté à chaque personne, en fonction de ses douleurs, de sa mobilité, de sa condition physique et de ses objectifs. Il peut associer :
- Des exercices de mobilité de la colonne vertébrale et des hanches.
- Des exercices respiratoires pour entretenir la mobilité thoracique.
- Du renforcement musculaire progressif.
- Des activités d’endurance adaptées aux capacités de chacun.
La pratique régulière est importante. Les exercices peuvent être ajustés lors des périodes où les symptômes sont plus marqués. Le kinésithérapeute accompagne le patient dans le choix des mouvements, leur réalisation et leur progression.
La kinésithérapie ne remplace pas le suivi médical ni les traitements prescrits. Elle s’inscrit dans une prise en charge coordonnée avec le médecin et le rhumatologue.
Que peut proposer le kinésithérapeute pendant une poussée douloureuse ?
Lors d’une poussée de spondylarthrite ankylosante, les douleurs et la raideur peuvent devenir importantes et rendre les mouvements habituels difficiles. Dans cette situation, la séance de kinésithérapie doit être adaptée à l’état du patient. Il n’est pas nécessaire de chercher à réaliser tous les exercices prévus ni de forcer un mouvement douloureux.
Adapter la séance de kinésithérapie pendant une poussée.
Le kinésithérapeute commence par faire le point sur les symptômes : localisation et intensité des douleurs, mobilité, fatigue, difficultés dans les gestes du quotidien et éventuels signes inhabituels. Il peut ensuite proposer, selon la situation :
- Des positions de confort : rechercher avec le patient une position assise ou allongée qui diminue les contraintes sur le dos et facilite le relâchement.
- Des mouvements très doux et adaptés : si le patient les tolère, essayer de petites mobilisations du bassin ou du rachis, sans forcer l’amplitude et en respectant les sensations.
- Un travail respiratoire : proposer une respiration calme et, si cela reste confortable, des mouvements doux de la cage thoracique pour entretenir sa mobilité.
- Une adaptation temporaire des exercices : diminuer l’intensité, la durée et le nombre de répétitions, fractionner les activités ou suspendre momentanément les exercices qui aggravent nettement les symptômes.
- Des conseils pour le quotidien : aider le patient à trouver des façons plus confortables de se lever, de marcher ou de changer de position, et à répartir ses activités selon sa tolérance.
Une application de chaleur peut parfois apporter un confort, notamment en cas de tensions musculaires. Elle ne traite toutefois pas à elle seule l’inflammation de la maladie et doit être adaptée à la situation du patient.
Les mobilisations forcées, les manipulations brusques du rachis et les étirements intenses ne sont pas indiqués pour chercher à « débloquer » le dos pendant une poussée douloureuse.
Quand faut il réévaluer la situation médicale?
Si la douleur est inhabituelle, très intense, s’aggrave ou ne permet plus les activités habituelles, le kinésithérapeute doit réévaluer la situation et orienter le patient vers son médecin ou son rhumatologue. Une poussée persistante ou répétée peut nécessiter une réévaluation du contrôle de la maladie et du traitement médical.
À retenir : pendant une poussée, le kinésithérapeute adapte la séance aux capacités du patient du jour. L’objectif est de rechercher un confort, de préserver autant que possible la mobilité et de préparer une reprise progressive des activités lorsque les symptômes le permettent. Le traitement de l’inflammation et les éventuelles modifications médicamenteuses relèvent du médecin ou du rhumatologue.
7. Quels exercices et activités peuvent aider ?
L’activité physique et les exercices de mobilité occupent une place importante dans la prise en charge de la spondylarthrite axiale. Ils peuvent contribuer à entretenir la mobilité, la force musculaire, l’endurance et les capacités fonctionnelles.
Les exercices doivent être adaptés aux symptômes, aux capacités et aux éventuelles limitations de chaque personne. Il est préférable de commencer progressivement et de demander conseil à son kinésithérapeute pour choisir les mouvements appropriés.
Voici quelques exemples de mouvements et d’activités qui peuvent être proposés dans un programme individualisé. Ils ne constituent pas une prescription universelle : certains exercices peuvent ne pas convenir à toutes les situations.
Mobilité douce du rachis
Des mouvements doux de la colonne vertébrale peuvent aider à entretenir la mobilité du dos. Ils doivent être réalisés lentement, dans une amplitude confortable, sans forcer.
Mobilité du bassin et des hanches
Des mouvements doux du bassin et des hanches peuvent aider à entretenir la mobilité et faciliter certains gestes du quotidien. Ils sont réalisés lentement, dans une amplitude confortable, sans forcer ni rechercher la douleur.
Respiration thoracique
Des exercices de respiration peuvent aider à entretenir la mobilité de la cage thoracique et à prendre conscience de la respiration.
Installez-vous dans une position confortable. Inspirez doucement en laissant les côtes s’écarter, puis expirez sans forcer. Le mouvement doit rester confortable et adapté à vos capacités.
Mobilité cervicale douce
Des mouvements doux du cou peuvent aider à entretenir la mobilité cervicale. Tournez lentement la tête à droite puis à gauche, dans une amplitude confortable, sans forcer.
Arrêtez le mouvement s’il provoque une douleur importante, des vertiges ou des symptômes inhabituels.
Mobilité en position quadrupédique
En position à quatre pattes, des mouvements doux du dos peuvent aider à entretenir la mobilité de la colonne vertébrale.
Arrondissez légèrement le dos, puis revenez progressivement à une position neutre. Le mouvement doit rester lent et confortable, sans chercher à accentuer les amplitudes.
Travail d’extension adapté
Des exercices d’extension douce du dos peuvent être proposés pour entretenir la mobilité de la colonne vertébrale.
Le mouvement doit être adapté aux capacités de chacun, réalisé sans forcer et dans une amplitude confortable. Il ne doit pas augmenter nettement les douleurs ni provoquer de symptômes inhabituels.
Mobilité des fléchisseurs de hanche
Des mouvements doux visant les fléchisseurs de hanche peuvent aider à entretenir la mobilité de cette région.
La position et l’amplitude sont adaptées à chaque personne. Le mouvement doit rester confortable, sans forcer ni provoquer de douleur importante.
Renforcement progressif
Le renforcement musculaire peut contribuer à entretenir la force et les capacités fonctionnelles. Il est adapté à la condition physique et aux symptômes de chaque personne.
Les exercices sont réalisés progressivement, avec une résistance et un nombre de répétitions adaptés. L’objectif est de développer ou de maintenir les capacités musculaires sans provoquer de douleur importante ni d’aggravation durable des symptômes.
Activité d’endurance
La marche, le vélo, la natation ou d’autres activités d’endurance peuvent contribuer à entretenir la condition physique et les capacités fonctionnelles.
Le choix de l’activité dépend des préférences, des symptômes et des capacités de chacun. Commencez progressivement et adaptez la durée et l’intensité à votre condition physique.
8. Questions fréquentes
La spondylarthrite ankylosante est-elle une maladie grave ?
La maladie évolue différemment selon les personnes. Certaines présentent des symptômes modérés, tandis que d’autres peuvent avoir une inflammation persistante et des limitations fonctionnelles. Un suivi médical régulier permet d’évaluer l’évolution et d’adapter la prise en charge.
Peut-on faire du sport lorsqu’on a une spondylarthrite ?
Oui, une activité physique régulière est généralement recommandée dans la prise en charge de la spondylarthrite axiale. Elle contribue à entretenir la mobilité, la force musculaire et la condition physique.
Le choix de l’activité et son intensité doivent être adaptés aux symptômes, aux capacités et aux éventuelles limitations de chacun. Le kinésithérapeute peut accompagner cette adaptation.
En cas de poussée inflammatoire ou d’aggravation inhabituelle des symptômes, il est préférable de réévaluer les exercices et de demander conseil à son équipe médicale.
Pourquoi les douleurs sont-elles parfois plus fortes la nuit ou au réveil ?
Dans la spondylarthrite, les douleurs peuvent être plus marquées pendant la nuit ou au réveil, avec une sensation de raideur matinale. Elles peuvent s’améliorer progressivement avec le mouvement.
Cependant, ces symptômes ne sont pas spécifiques de la maladie. Leur présence doit être interprétée par le médecin en tenant compte de l’ensemble des signes et des examens.
Peut-on guérir de la spondylarthrite ?
Il n’existe pas actuellement de traitement permettant de garantir la guérison définitive de la spondylarthrite.
Les traitements disponibles visent à contrôler l’inflammation, réduire les douleurs, préserver les capacités fonctionnelles et améliorer la qualité de vie. L’évolution varie selon les personnes et nécessite un suivi médical adapté.
Une douleur au talon peut-elle être liée à la spondylarthrite ?
Oui. Une douleur au talon peut parfois correspondre à une enthésite, c’est-à-dire une inflammation à l’endroit où un tendon ou un ligament s’attache à l’os.
Toutefois, les douleurs au talon ont de nombreuses causes possibles. Il est important de faire évaluer leur origine par un professionnel de santé avant de les attribuer à la spondylarthrite.
Peut-on avoir une spondylarthrite avec un HLA-B27 négatif ?
Oui. Le HLA-B27 est un facteur génétique associé à la maladie, mais il n’est pas présent chez toutes les personnes atteintes.
Un résultat négatif ne suffit donc pas à exclure le diagnostic. Le médecin prend en compte les symptômes, l’examen clinique et les résultats des autres examens.
9. Ce qu’il faut retenir
La spondylarthrite ankylosante est une maladie inflammatoire chronique dont l’évolution varie selon les personnes. Un diagnostic adapté et un suivi médical permettent de mettre en place une prise en charge personnalisée.
Les traitements médicamenteux, la kinésithérapie et l’activité physique adaptée peuvent contribuer à réduire les symptômes et à préserver les capacités fonctionnelles.
Les exercices présentés dans cet article sont des exemples d’activités possibles. Ils ne remplacent pas une évaluation individuelle. Votre kinésithérapeute pourra vous aider à choisir les mouvements adaptés à votre situation et à les réaliser dans de bonnes conditions.
Sources et références
1. Ramiro S. et al. (2023). ASAS-EULAR recommendations for the management of axial spondyloarthritis: 2022 update. Annals of the Rheumatic Diseases, 82, 19–34.
https://ard.bmj.com/content/82/1/19
2. National Institute for Health and Care Excellence (NICE). Spondyloarthritis in over 16s: diagnosis and management. Guideline NG65. Recommandations sur les traitements, l’exercice et la kinésithérapie.
https://www.nice.org.uk/guidance/NG65/chapter/Recommendations
3. Assessment of SpondyloArthritis international Society (ASAS). Informations et ressources sur les spondyloarthrites.
4. National Axial Spondyloarthritis Society (NASS). Your flares — conseils sur l’adaptation de l’activité physique et les exercices doux pendant les poussées.
